Réponse à ma mère Nicole qui m’a adressé cette lettre sur son blogue.

Jolie femme qui m’a donné la vie,
Je suis triste. C’est vrai. Ça m’a fait tout un choc lorsque j’ai appris le décès de Pierre Falardeau. Immédiatement, j’ai senti ce même malaise. Ce vieux sentiment de perdre un grand. Comme l’autre Pierre. Pierre Bougeault. J’ai eu ce même sentiment de vide, de détresse.
Comme tu le soulèves, c’est vrai que Falardeau n’était pas un saint. C’est vrai qu’il était parfois proche de la xénophobie ou qu’il nageait volontairement dans la vulgarité. Mais… Mais Falardeau, je l’ai rencontré par son cinéma, par son art. Falardeau, je l’ai découvert par la justesse de ses écrits. Pierre, je l’ai aimé comme il était : pleinement résistant. Et il y en a si peu de nos jours. À mes yeux, l’homme de convictions et le combattant qu’il était obscurcissaient tous ses sacres et toutes ses fautes.
Et c’est pour ça que j’ai eu ce sentiment de vide. En même temps, je suis persuadé que Pierre a ouvert les yeux à pas mal de Québécois. Par exemple, lorsqu’il parle de la désorganisation des Patriotes de 1837, 1838 :
“C’est à pleurer. Mais surtout à analyser en profondeur. Pour connaître nos ennemis, pour ne pas répéter éternellement les mêmes erreurs, pour pouvoir les combattre efficacement. Et pour finalement les vaincre.
Mais pour vaincre, il faut d’abord comprendre. Nous sommes avant tout désarmés dans nos cerveaux. Notre pire ennemi, c’est notre ignorance. Penser d’abord. Organiser ensuite.”
- Pierre Falardeau, Les boeufs sont lents mais la terre est patiente, Vlb éditeur, 1999.
Au final, Pierre et toi étiez d’accord sur pas mal de chose : sur la nécessité d’apprendre, sur la beauté de l’art, sur la nécessité d’un Québec libre et j’en passe. J’amuse même à rêver que tu lises un jour l’intellectuel que tu as négligé. Je souhaite de tout mon coeur que tu comprennes qu’il était intelligent, lucide et qu’il voyait “the big picture” de la situation du Québec (Pierre était anthropologue de formation). Ça sortait tout croche, mais il ne faut pas oublier que personne aime se faire dire ses travers…
Tu me manques déjà vieux chialeux.
Et je ne sais plus trop quoi écrire. J’ai uniquement envie de revenir à ce que tu m’as fait lire, découvrir, comprendre :
“Il est vrai qu’au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent après, n’ayant jamais vu la liberté et ne sachant ce que c’est, servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. Cela, c’est parce que les hommes naissent sous le joug et puis, nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et, ne pensant point avoir autre bien ni autre droit que ce qu’ils ont trouvé, ils prennent pour naturel l’état de leur naissance.”
- Étienne de La Boétie, La Serviture Volontaire.
Aujourd’hui j’ai fait du porte-à-porte.
Bon Dieu que c’était ça.
Bon Dieu que je veux me battre pour ces gens.
Bon Dieu qu’il faut l’indépendance et la justice sociale pour le peuple.
Et c’est une des choses que Pierre et toi m’avez appris.
“Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux.”
- Étienne de La Boétie, La Serviture Volontaire.
Salut Pierre.